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On n’est pas préparé à ça

Dernière mise à jour le juillet 12, 2021

La nuit dernière, j’aurais pu secouer mon bébé.

Cette phrase me fait froid dans le dos.

Et j’ai honte de l’écrire.

Mais cette nuit a été l’une des plus horribles de ma vie.

Vous avez peut-être déjà vécu ces moments-là vous aussi : le manque de sommeil, la fatigue qui s’accumule… jusqu’à l’épuisement, qui nous fait disjoncter.

Aujourd’hui, je fais le choix de livrer mon témoignage.

Ce texte, je l’ai écrit il y a quelques semaines. Je ne savais pas si j’allais le publier.

Et puis, je suis tombée sur la publication Facebook de To Be or not Toubib sur le bébé secoué. Au passage, j’affectionne beaucoup sa page, si vous voulez y faire un détour, ça vaut le coup, vous pouvez même vous procurer son livre à destination des parents : Urgence or not urgences – manuel de survie en milieu pédiatrique.

Et j’ai vu tous les témoignages sous cette publication… Ça n’arrive pas qu’aux autres.

Jeune parent, on pense qu’on saura tenir. Que nous, on n’est pas comme les autres, on est plus fort.

Mais en fait, non, pas forcément.

Ça me paraît extrêmement important d’en parler.

Allez, je vous raconte mon histoire.

Je vous ai déjà parlé du sommeil chaotique de ma fille Mélodie.

J’ai donc l’habitude de vivre des nuits compliquées, hachées, avec des pleurs et des réveils réguliers, encore aujourd’hui alors qu’elle a 18 mois.

Ce n’est pas toujours facile mais j’arrive à faire face. Je tiens le coup, je me fais une raison.

Je garde en-tête que « tout finit par passer » et qu’un jour ça ira.

Sauf que depuis 10 jours, les pleurs nocturnes se sont intensifiés.

Ça fait 2 fois en 10 jours que je vais voir le médecin, parce qu’elle se réveille et pleure toutes les nuits, plusieurs fois par nuit.

Elle n’a rien. Tout va bien.

Ça fait 2 fois que je me sens un peu ridicule de me trouver devant un médecin pour rien. 

Pourtant, elle pleure vraiment beaucoup…

J’aurais préféré qu’il me dise : « ah oui il y a une otite ».

Ça aurait mis une explication sur ces nuits affreuses.

Mais non.

« Poussées dentaires, probablement. »

Classique, je devrais être rassurée.

Tout. Va. Bien.

Il n’empêche qu’elle pleure depuis 10 jours, beaucoup plus qu’avant, chaque soir et chaque nuit.

Et presque chaque heure de chaque nuit.

En général, j’arrive toujours à relativiser.

Elle doit avoir mal…

Elle a besoin de moi…

Allaitée, je sais qu’elle a besoin de téter pour s’apaiser et se rendormir.

Je l’accepte, et ces derniers temps, je reste une partie de la nuit,  voire toute la nuit avec elle dans mes bras, sur moi ou à côté. Pour qu’elle arrive à dormir quand même un peu et moi aussi…

Il arrive que ce soit papa qui prenne le relais. Elle l’accepte depuis très peu de temps, mais ça commence à passer, même s’il n’a pas le sein à proposer !

Mais la nuit dernière, papa travaillait de nuit : j’étais seule avec les deux filles pour la soirée et la nuit.

Et c’était dur. Trop dur. 

J’ai craqué.

Mélodie avait depuis quelques jours une toux persistante et son nez se bouchait quand elle était allongée.

Je sortais de ma fameuse visite chez le médecin, avec pour conclusion « tout va bien ».

Pourtant, elle ne dormait pas 5 minutes seule hors de mes bras.

Des que je la posais, c’était des hurlements.

Pas de simples cris, des hurlements.

D’inconfort car son nez était bouché.

De douleur car la toux semblait lui arracher la gorge.

Bien sûr, je lui avais déjà donné de l’anti-douleur avant de la coucher.

Ca n’a pas changé grand chose.

Je ne pouvais pas la poser, et j’avais quand même toutes ces choses habituelles à faire dans une soirée : ranger la cuisine (vaisselle, table, sols…), préparer les affaires pour le lendemain, lancer une machine à laver, mettre en ordre au moins la pièce principale, jonchée de jouets… j’avais déjà abandonné l’idée d’avoir un peu de temps pour souffler. 

Bref. Elle hurlait.

Même dans mes bras, même posée sur moi, même avec du Doliprane. 

Et j’étais désespérément seule. 

Épuisée. Exténuée.

J’avais peur qu’elle réveille sa sœur.

Je ne voulais qu’une chose : dormir.

Alors au milieu de la nuit et de ses cris, j’ai hurlé.

De fatigue.

De désespoir.

D’épuisement. 

Mais ça l’a fait pleurer encore plus fort évidemment… d’un cri strident et insupportable.

Et l’espace d’un instant, je l’ai ressenti.

Cet instinct primitif qui me disait : « Arrête ce bruit tout de suite« .

« Fais-la taire maintenant, tu ne peux pas supporter ça plus longtemps.« 

Vous savez la partie du cerveau instinctive, aussi appelée « cerveau reptilien », qui contrôle les besoins et les fonctions primaires comme la faim, l’envie d’uriner ou la respiration.

Elle m’ordonnait « Fais cesser ce bruit immédiatement« .

Et sur l’instant, ça paraissait tellement simple de craquer.

Du calme. 

De la tranquillité.

Du silence.

J’en rêvais.

Je pouvais les avoir. 

Il n’y avait qu’un geste a faire.

Et tout basculait.

« Ne fais pas ça.« 

Heureusement, l’autre partie de mon cerveau, celle qui contrôle le raisonnement, la logique, la réflexion (mon cortex) m’a envoyé un signal totalement inverse : « ne fais pas ça« .

Alors je suis revenue à la raison.

J’ai allumé la petite lumière et je l’ai prise dans mes bras.

Effrayée par cette pensée qui m’avait traversé l’esprit.

Je l’ai regardée dans les yeux et je lui ai parlé. Elle s’est progressivement arrêté de pleurer. Et la tension est redescendue. 

Nez débouché, coup à boire, discussion, gros câlin et tétée ont permis de faire retomber la pression… et la rendormir pour quelques minutes ou dizaines de minutes avant le prochain réveil. 

Et j’ai pensé à ces parents.

Qui craquent.

Qui commettent l’irréparable. 

Qui n’ont pas cette petite lueur de lucidité pour arrêter à temps.

Alors, j’ai eu besoin de poser ces mots sur ce qui m’est arrivé.

On n’est pas préparé à ça. 

On n’est pas préparé à ces moments d’une difficulté extrême.

Au manque de sommeil, au cumul de fatigue.

A l’épuisement qui nous pousse jusqu’à nos derniers retranchements.

Au fait qu’on puisse craquer.

On en parle trop peu. C’est un tabou.

Aujourd’hui encore, à l’heure des séries et des réseaux sociaux, c’est souvent une image lisse et idyllique de la maternité qui est véhiculée.

J’ai entendu des mamans autour de moi évoquer « des nuits de 6 heures dès la sortie de la maternité ».

On m’a déjà dit : « Comment ça elle a 3 mois et elle ne fait pas encore ses nuits ?!? »

Ou encore : « à 6 mois, je le pose à 20h dans son lit et il dort jusqu’à 8 heures le lendemain matin sans réveil ».

Et je ne parle là que du sommeil ! Il y aurait autant à dire sur les difficultés et idées reçues sur l’allaitement maternel, le portage, la diversification, la propreté et j’en passe !

On entend souvent les parents pour qui tout va bien…

Mais il y en a aussi beaucoup qui galèrent. Bien plus qu’on ne le pense. Et qui ne le disent pas…

Peut-être par peur d’être stigmatisé comme les parents qui s’y prennent mal… peur d’être perçus comme de « mauvais parents ».

Honte d’avoir l’impression de ne pas savoir s’y prendre.

C’est plus facile de dire que tout va bien, comme ça on évite les jugements.

Parce que 1) galérer avec notre enfant et 2) sentir les regards nous faire comprendre que si nous galérons c’est de NOTRE faute… entendre des propos ou des réflexions qui risquent de nous enfoncer encore plus… c’est tellement difficile à porter.

« C’est sûr, si elle ne dort pas c’est parce que (au choix) : tu l’allaites encore – tu la portes trop – tu ne la laisses pas assez pleurer – tu ne la laisses pas s’endormir seule – tu ne la couches pas bien – tu fermes la porte de la chambre – tu ne lui donnes pas assez à manger – tu la mets trop souvent à la crèche – tu ne la mets pas assez à la crèche – tu ne l’habilles pas assez chaudement – tu n’aères pas sa chambre au moins 12 minutes par jour – tu mets des draps violets dans son lit alors que le plus apaisant, c’est le bleu ciel – tu ne prends pas la bonne marque de couches – comment ça, tu lui mets encore des couches, elle n’est pas encore propre ? …….. »

Vous connaissez ça ?

Si vous avez besoin de parler de vos difficultés, faites-le avec quelqu’un de bienveillant. Qui ne vous jugera pas, mais essayera de vous aider, vous proposer des solutions et vous tirer vers le haut.

Vous n’avez pas besoin des personnes qui vont encore plus vous accabler.

« Tout finit par passer »

Dans les moments difficiles, cette phrase m’aide à tenir.

Ça finira par passer. Quand je suis à bout et que c’est dur mentalement, je me dis que dans quelques années, Mélodie ne voudra plus que je la porte ou que je l’embrasse.

Ma petite Valentine, qui ne voulait que mes bras dans ses premiers mois, me dit aujourd’hui à 4 ans : « non maman, pas de bisou devant l’école. Non, pas dans la voiture non plus, pas de bisou ! »…

Hé oui, tout passe et plus vite qu’on ne l’imagine !

Un jour, j’ai dit ça a une amie enceinte « quand ça ira mal, n’oublie pas que tout finit par passer ».

Elle a souri en me regardant bizarrement. Peut-être parce qu’elle n’avait jamais envisagé que ça pourrait être difficile. Peut-être que personne ne lui avait dit.

Et finalement, je m’étais presque sentie mal à l’aise de lui dire. Probablement parce que d’un côté je ne voulais pas briser ses rêves de jeune maman.

Mais en fait, avec le recul, je pense qu’il faut dire aux jeunes ou futurs parents que ça risque d’être difficile. Pas pour briser les rêves, mais pour préparer, expliquer et accompagner.

Et informer qu’il est possible d’avoir de l’aide.

Quand on sait que ça peut arriver, on se sent moins mal le jour où ça arrive : on était prévenu.

Quelles solutions ?

Essayez de passer le relai avant d’être à bout, pour vous reposer et diminuer votre jauge de stress.

Si rien n’apaise votre bébé, s’il n’arrête pas de pleurer, il est recommandé de le poser sur le dos et de quitter la pièce pour vous calmer.

Si vous ne parvenez pas à retrouver votre calme, contactez une personne de confiance pour avoir de l’aide. Vous pouvez également joindre un professionnel de santé (votre médecin, pédiatre ou autre) ou le 119.

Vous trouverez toutes les recommandations sur le site de la CPAM.

Le site de l’association stop bébé secoué.

Je vous rappelle l’excellent article sur le sujet de To be or not Toubib.

Dans les commentaires de cet article, une maman raconte qu’aux Etats-Unis, à la maternité, on lui a distribué une feuille à coller au-dessus du lit de bébé : « sur ce papier, il est écrit que si vous n’en pouvez plus, que vous allez secouer votre bébé, vous devez faire ceci : – posez le bébé – sortez de la chambre – éloignez vous et laissez le pleurer – buvez un verre d’eau et changez vous les idées – vous lui avez sauvé la vie ! »

L’idée me paraît admirable et mériterait d’être diffusée dans toutes les maternités françaises.

Surtout, n’ayez pas peur de demander de l’aide. N’ayez pas honte. Vous n’êtes pas seul, ça arrive à tellement de parents.

Et il vaut mieux appeler à l’aide que de faire quelque chose que vous regretterez jusqu’à la fin de votre vie.

J’ai écrit cet article pour vous montrer que vraiment, on peut être quelqu’un de bien, et le plus parfait des parents (en toute humilité bien sûr…!), ça peut nous arriver. Le corps et le mental sont poussés à bout… forcément ce genre de pensées peut survenir, et la pulsion qui suit également.

Réagissez avant de commettre l’irréparable.

Bravo à tous les parents

Ceux pour qui tout va bien (ou en tous cas, qui donnent l’impression qu’ils gèrent).

Et ceux qui galèrent…

Vous faites de votre mieux.

Écoutez vous, faites vous confiance.

Osez parler de vos difficultés. Osez demander de l’aide.

Ça vous aidera à tenir sur la durée.

Car la route est longue.

Belle, mais parsemée de défis.

Et vous allez y arriver.

Nathalie

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  1. La couleur des draps m'a bien fait rire, je ne connaissais pas cette croyance 🤣 mais effectivement tu as raison, c'est un sujet important, on n'est pas préparé à tout ça et le savoir permet de relativiser. Bon courage pour les prochaines nuits, ça viendra.

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